Le syndrome de l’intestin irritable (SII), aussi connu sous le nom de « côlon Irritable » ou « colopathie fonctionnelle », est un trouble fonctionnel de l’intestin. « Fonctionnel » signifie qu’il cause des problèmes au fonctionnement de l’intestin, même en l’absence de lésions physiques.
Dans le SII, les douleurs abdominales ou l’inconfort digestif sont associés à la défécation ou à une modification de la fréquence des selles. Un ballonnement, une distension abdominale et des troubles du transit intestinal lui sont également fréquemment associés.
I. Quels sont les symptômes ?
Les symptômes sont variés, mais toujours reliés au mouvement des selles et à la sensibilité, c’est-à-dire à la façon dont le cerveau interprète les signaux provenant des nerfs intestinaux. Les symptômes possibles les plus courants sont les suivants :
- Douleurs abdominales importantes (crampes) : elles varient en durée, en gravité et dans le temps. Souvent, le fait d’aller à la selle procure un soulagement.
- Diarrhée : l’évacuation peut être fréquente (trois fois ou plus par jour), avec selles liquides et molles, et souvent un besoin urgent.
- Constipation : l’évacuation est souvent laborieuse, et survient moins de trois fois par semaine. Les selles sont dures et sèches.
- Autres symptômes digestifs : alternance de diarrhée et constipation, ballonnements, gaz, nausées, brûlures d’estomac, mucus dans les selles, sensation d’évacuation incomplète.
- Autres problèmes moins fréquents : fatigue et douleurs musculaires (fibromyalgie).
II. Qui en est affecté ?
Le SII peut toucher les personnes de tous les âges, mais il se déclare souvent à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Il touche davantage les femmes que les hommes, et il y a souvent une composante familiale. C’est le trouble gastro-intestinal le plus courant au monde. Dans les pays développés, entre 5 et 20% de la population souffrirait à un moment de leur vie de SII. On estime qu’en France, trois millions de Français sont affectés.
Souvent, quand les symptômes sont peu graves, les personnes se soignent elles-mêmes en apportant des changements à leur mode de vie, par exemple en évitant certains aliments et en utilisant certains médicaments en vente libre.
III. Définition et diagnostic
Les symptômes du SII sont variés et, pour le moment, il n’existe pas encore de tests médicaux pour déterminer précisément si un patient en est atteint.
Ainsi, une partie du processus de diagnostic consiste à exclure la présence d’autres maladies connues, ce qui peut demander des analyses sanguines, des tests d’échantillons de selles, des tests d’imagerie médicale et/ou des tests alimentaires. Après l’exclusion d’autres causes, le médecin pourra poser un diagnostic de SII selon les critères suivants sont satisfaits (critères de Rome IV) :
Le patient a souffert de douleurs abdominales récurrentes au moins 1 jour/semaine au cours des 3 derniers mois associées à au moins 2 des critères suivants :
- Liées à la défécation
- Associées à un changement de fréquence des selles
- Associées à un changement de forme (apparence des selles)
Les critères sont apparus au moins 6 moins avant le diagnostic.
IV. Quelles sont les causes du SII ?
La cause exacte est encore inconnue, mais on reconnait que le système nerveux entérique des personnes atteintes fonctionne de façon non optimale, en particulier :
- Motilité : la fonction motrice qui transporte les aliments digérés à travers les intestins n’est pas bien réglée, entraînant un mouvement trop rapide (causant la diarrhée) ou trop lent (provoquant la constipation), et produisant ainsi des spasmes et de la douleur.
- Sensibilité : le réseau des nerfs entourant les organes de digestion devient inhabituellement sensible, ce qui fait que même un petit changement dans l’activité intestinale peut envoyer des signaux de douleur au cerveau.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer au développement de cette affection, et ils varient d’une personne à l’autre. Parmi les déclencheurs les plus courants :
- Infection gastro-intestinale aiguë
- Diarrhée des voyageurs
- Intoxication alimentaire
- Chirurgie
- Antibiotiques ou autres médicaments
- Déséquilibre bactérien ou hormonal
- Stress physique, émotionnel ou anxiété
V. Comment traite-t-on le SII ?
Bien que le SII soit très fréquent et incommodant, il est important de souligner qu’il ne s’agit pas d’une maladie grave. Il n’existe toutefois pas de traitement curatif. Les traitements disponibles visent plutôt la disparition – ou tout au moins le soulagement – des symptômes. Ces traitements ne sont pas universels, car ils dépendent des symptômes et, surtout, des réactions individuelles.
Les approches disponibles incluent des changements au mode de vie et à l’alimentation, des médicaments, ainsi que des approches complémentaires.
1. Mode de vie
Des changements au mode de vie peuvent soulager et prévenir les symptômes :
- Faire de l’exercice physique régulièrement pour activer le mouvement du côlon. Il n’est pas nécessaire de faire des exercices intenses ; même une simple marche de 20 à 30 minutes peut aider.
- Réduire le stress. Le cerveau et le côlon sont étroitement reliés. La méditation, le yoga et toutes techniques de relaxation peuvent aider les personnes atteintes de SII à gérer efficacement leur stress.
- Se reposer suffisamment. Le manque de sommeil et la fatigue aggravent les symptômes.
- Éviter les habitudes pouvant favoriser l’aérophagie ; c’est-à-dire ce qui fait avaler de l’air dans le système digestif (par exemple : mâcher de la gomme, manger rapidement ou parler en mangeant).
2. Alimentation
En général, les personnes aux prises avec le SII savent déjà que certains aliments déclenchent leurs symptômes, mais il est difficile de reconnaître et éliminer ou limiter adéquatement ces aliments. Jusqu’à tout récemment, on recommandait principalement les précautions alimentaires suivantes :
- Éviter les excès de fast-food.
- Consommer suffisamment de fibres alimentaires.
- Réduire la consommation d’aliments dits « gazogènes » : le brocoli, le chou-fleur et les légumineuses.
- Manger à heures régulières et lentement.
- Manger des repas pas trop copieux ou trop gras.
- Éviter de boire beaucoup de liquide au repas.
- Diminuer sa consommation d’alcool, de café, boissons gazeuses.
À ces recommandations, s’ajoute maintenant l’approche de l’alimentation pauvre en FODMAPs. Pour en savoir plus sur l’alimentation pauvre en FODMAPs clique ici.
3. Médicaments
À ce jour, aucun médicament n’a démontré son efficacité dans le traitement curatif du SII. Néanmoins, certains d’entre eux sont efficaces dans le traitement des symptômes, surtout en ce qui a trait aux crampes, à la diarrhée et constipation. Parmi ces médicaments, les antispasmodiques, les antiacides, les antidiarrhéiques, les agents laxatifs sont le plus souvent prescrits pour contrôler les symptômes associés au SII. De plus, il n’est pas rare que les patients reçoivent une prescription d’antidépresseurs pour diminuer leur anxiété.
4. Approches complémentaires
a. Le yoga et l’hypnose
Plusieurs personnes aux prises avec le SII éprouvent des bienfaits réels grâce à la pratique du yoga ou à des séances d’hypnose, car ces pratiques aident à réduire l’anxiété et à contrôler le stress. Le mécanisme d’action n’est pas encore bien compris, mais il y a assez d’évidence quant aux bienfaits.
b. Les probiotiques
L’utilisation de probiotiques peut aussi aider à réduire les symptômes des personnes aux prises avec le SII. Les probiotiques sont des bactéries vivantes qui, lorsque consommées régulièrement et en quantité suffisante, exercent un effet bénéfique sur la santé. En fait, la flore intestinale des personnes ayant l’intestin irritable est différente de celle des individus en santé. En général, on observe chez les premières une plus grande quantité de bactéries indésirables et une moins grande quantité de bactéries bénéfiques.
c. Les produits de santé naturels
Parmi les produits de santé naturels, l’huile essentielle de menthe poivrée sous forme de comprimés aurait une efficacité démontrée, car elle agirait comme antispasmodique.
d. L’acupuncture
Certaines personnes ont recours aux services d’acupuncteurs pour réduire leurs douleurs abdominales. Il n’y a cependant pas de données scientifiques probantes confirmant l’efficacité de cette pratique pour le SII.
e. Les fibres
Bien que les fibres ne soient pas toujours la réponse aux symptômes de chacun, les fibres de psyllium peuvent être utiles pour traiter la constipation associée au syndrome de l’intestin irritable.
f. Le soutien de la santé mentale
Si vous avez des problèmes d’humeur et que vous vous demandez si vous souffrez de dépression ou d’anxiété, consultez votre médecin. Les problèmes de santé mentale non traités contribueront aux symptômes du SII.
VI. À ne pas confondre
1. Maladies inflammatoires de l’intestin
Le SII est parfois confondu avec les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), mais contrairement à ces dernières, le SII ne comporte pas de dommages structurels à l’intestin. Les deux MICI les plus connues sont la maladie de Crohn (qui peut toucher n’importe quelle partie du tube digestif, de la bouche à l’anus) et la rectocolite hémorragique (qui ne touche qu’un segment délimité du rectum et du côlon). La cause de ces maladies n’est pas connue. Les traitements sont orientés vers le contrôle de l’inflammation et la prévention des récurrences. Les personnes qui ont une MICI peuvent également avoir un SII et, selon leurs symptômes spécifiques, peuvent bénéficier d’une réduction de certains FODMAPs.
2. Maladie céliaque
La maladie céliaque est une entéropathie chronique auto-immune affectant l’intestin grêle, qui est induite par l’exposition au gluten alimentaire chez les individus génétiquement prédisposés.
Chez les personnes qui en souffrent, la consommation de gluten, même en infime quantité, cause une inflammation ; celle-ci endommage les villosités intestinales (structures ressemblant à des petits doigts) qui recouvrent la paroi intestinale. L’intestin ainsi abîmé devient incapable d’absorber adéquatement les nutriments.
La maladie céliaque n’est pas une allergie alimentaire, mais plutôt une maladie auto-immune, parce que l’organisme endommage ses propres tissus. Le seul traitement est en effet une alimentation stricte excluant le gluten pour la vie entière. En évitant ledit gluten, leurs intestins peuvent guérir, et le risque de développer des complications graves, dues à une maladie céliaque non traitée, est diminué.
Les individus souffrant de maladie céliaque présentent parfois des symptômes semblables à ceux du SII, et peuvent eux aussi bénéficier d’un régime alimentaire sans gluten et pauvre en FODMAPs. En effet, environ une personne céliaque sur trois souffre aussi du SII. D’ailleurs, on observe souvent une intolérance au lactose transitoire dans les mois suivant le diagnostic de maladie céliaque et, chez certains patients, celle-ci peut persister à long terme.
3. Sensibilité au gluten ou aux FODMAPs ?
Certaines personnes qui ne souffrent pas de la maladie céliaque semblent néanmoins mal réagir lorsqu’elles consomment des aliments contenant du blé, et éprouvent des symptômes variés tels que des douleurs abdominales, des ballonnements, de la fatigue et des maux de tête. On dit que ces personnes sont sensibles au gluten, et on parle de « sensibilité au gluten non-céliaque ». Des données récentes suggèrent qu’elles peuvent avoir des réactions à des composantes du blé autres que le gluten, en particulier le glucide fermentescible « fructane », qui est un des FODMAP. Utiliser le terme « sensibilité » ou « intolérance » au fructane du blé serait plus approprié au vu de leur état.
Pour mieux vivre avec le SII, n’hésitez pas à prendre RDV en naturopathie, en complément d’un suivi médical conventionnel.
